L’OTAN, un an après Varsovie (1/2)

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Où en est l’Alliance atlantique, un an après le sommet de Varsovie, qui a consacré de nouvelles mesures de renforcement de la sécurité euro-atlantique ?

     Le 25ème sommet de l’OTAN réunissant les chefs d’État et de gouvernement des pays membres s’est déroulé les 8 et 9 juillet 2016 dans la capitale polonaise. Ce sommet intervient dans un contexte international de tensions entre crise en Ukraine et guerres au Moyen-Orient qui ont chacune des effets déstabilisateurs sur l’architecture de sécurité européenne. Si l’on ne peut résumer les raisons multiples de la menace djihadiste en Europe à certaines de ces causes extérieures, la guerre au Levant reste la source de risques sécuritaires la plus importante pour bon nombre de pays européens comme la France. Néanmoins, le communiqué officiel des chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance atlantique pointe, dans son point n°5, comme menace principale à la sécurité européenne, la Russie et ses actions de guerre non-conventionnelle en Ukraine. Les « conditions de sécurité » au Moyen-Orient y sont aussi évoquées mais le moindre rôle de l’organisation dans ce conflit réduit sa considération lors de ce sommet.

Nous tenterons ici de livrer une analyse de la réponse apportée par l’OTAN à la menace de déstabilisation de la sécurité européenne que représente la Russie depuis maintenant presque une décennie. Nous verrons donc les réponses stratégiques apportées par l’Alliance et leur application avant d’étudier les enjeux sécuritaires persistants, notamment pour la région baltique.

Du sommet de Newport au sommet de Varsovie : une réaction graduée à la « menace russe »

     Le précédent sommet de l’OTAN à Newport au Pays de Galles, constituait la première réponse de l’Alliance à l’annexion « illégale et illégitime » de la Crimée par la Russie en mars 2014. L’utilisation coordonnée des adjectifs « illégale et illégitime » ne doit rien au hasard. Elle a pour objectif de remettre en cause l’argumentaire historique et légale de Moscou. D’une part, l’histoire de la Crimée et son appartenance à la Russie entre la guerre russo-turque de la fin du XVIIIème siècle et 1954 ainsi que les arguments ethniques ne sont pas considérés comme légitimes. D’autre part, la légalité du rattachement de la Crimée par le référendum de mars 2014 est elle aussi balayée par les pays de l’OTAN puisque ce référendum n’a pu être surveillé et validé par les critères internationaux. Le sommet de Newport s’était concentré presque uniquement sur les réponses stratégiques que l’Alliance devait apporter à la « menace russe », conjointement aux sanctions économiques prises par l’UE, les États-Unis et d’autres pays, notamment du G7. C’est à la suite de ce sommet qu’a été mis en place le plan d’action RAP (Readiness Action Plan), lequel instaure la NATO Response Force (NRF – Force de réaction) ainsi que la Very High Readiness Joint Task Force (VJTF –  force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation).

Néanmoins, la réalité opérationnelle de ces forces étant faible, le sommet de Varsovie est venu apporter une réponse se voulant forte face au risque de déstabilisation de la sécurité européenne que représenterait la Russie, et ce principalement dans les anciennes républiques socialistes baltes et en Pologne. Il est juste de noter que la préservation de la sécurité de la zone balte représente un enjeu stratégique important au vu de son enclavement entre la mer Baltique et l’enclave de Kaliningrad à l’Ouest, la Russie à l’Est (pour l’Estonie et la Lettonie) et la Biélorussie au Sud-Est de la Lituanie. Ainsi, l’unique zone reliant directement la région baltique au reste de l’Union Européenne et de l’OTAN est la zone du « corridor » de Suwalki, la frontière polono-lituanienne longue seulement d’environ 90km. Seules deux autoroutes et une voie ferrée relient les deux pays et la région est connue pour ses champs humides, ses forêts et ses lacs. Ces données géographiques sont importantes et limitent la capacité de réaction rapide de la part des Alliés de l’OTAN.

L’importance des capacités militaires russes dans l’enclave de Kaliningrad et la dépendance militaire et stratégique de la Biélorussie vis-à-vis de la Russie font craindre aux Républiques baltes un enclavement en cas de crise. L’efficacité des capacités A2/AD russes (Anti Access/Area Denial) pourrait compliquer grandement la capacité des forces de l’OTAN de venir en aide à leurs alliés baltes si cela devait se révéler nécessaire. L’étroitesse du corridor de Suwalki rendrait la région particulièrement vulnérable aux tirs d’artillerie provenant de Kaliningrad ou de Biélorussie. En bref, la Russie aurait la capacité  d’isoler facilement les pays baltes et pourrait envahir la région en 24h à 48h selon le  National threat assessment de 2017, rapport annuel public des services de renseignement lituaniens.

Les capacités A2/AD russes se concrétisent aussi par sa flotte en mer baltique et ses capacités aériennes basées à Saint-Pétersbourg et à Kaliningrad. C’est néanmoins le déploiement régulier (voire permanent selon certaines sources) de systèmes de missiles balistiques à capacité nucléaire de type Iskander qui pose un enjeu stratégique à la posture défensive de l’Alliance. Ces systèmes apparaissent comme un élément supplémentaire et décisif des capacités offensives et de déni d’accès russes. Ce déploiement de missiles Iskander a été justifié en étant présenté comme une réponse au déploiement du bouclier anti-missiles américain en Pologne et en Roumanie que la Russie voit comme une menace.

Si l’on peut juger qu’aujourd’hui le risque d’enclavement de la région baltique est faible, cela pose reste un problème stratégique majeur entre les pays d’une alliance basée sur la défense collective (article 5 de la Charte de l’OTAN).

carte pays baltes

La mise en place d’une présence avancée renforcée

     Si l’on devait retenir une mesure emblématique décidée lors de ce sommet, c’est bien la mise en place d’une « présence avancée renforcée » (enhanced Forward Presence) dans les pays baltes et en Pologne. Énoncée dans le point n°40 du communiqué officiel, elle prévoit le déploiement de quatre bataillons multinationaux – un dans chacun des quatre pays – menés par une nation-cadre. Les États-Unis sont la nation-cadre en Pologne, l’Allemagne l’est en Lituanie et le Canada et le Royaume-Uni le sont respectivement pour la Lettonie et l’Estonie. Chaque bataillon multinational est constitué approximativement de 900 à 1 100 pax armés de chars lourds Leopard II pour l’Allemagne, de Challengers II pour les Britanniques ou encore d’Abrams américains et de Leclerc français. Ils sont accompagnés de VCI et autres véhicules de combat (VBCI français, Warrior britannique, Boxer allemand…).

Comme nous l’avons indiqué plus haut, l’eFP consiste en un déploiement de quelques milliers d’hommes (+/- 4000 pax) en rotation. Il n’y a donc pas de base permanente de l’OTAN installée dans ces pays frontaliers avec la Russie et les forces déployées ne peuvent en aucun cas constituer une force suffisante pour attaquer militairement le voisin russe. Ce déploiement est un message politique fort qui consiste à démontrer l’engagement des pays de l’OTAN les uns envers les autres de défendre la sécurité collective à la suite de la guerre en Ukraine (qui n’est bien sûr pas membre de l’Alliance). Au total, en comptant les quatre nations-cadres, ce sont près de vingt alliés qui se sont engagés à participer à la mission eFP.

La mise en place d’une telle force ne va pas forcément de soi. En effet, les relations bilatérales entre chacun des pays membres de l’OTAN et la Russie sont extrêmement diverses et parfois contradictoires (sans même évoquer les positions turques ou autres). Paris n’a pas eu ces dernières années des positions aussi fermes que celles de Berlin ou de Londres et cela a eu des répercussions sur l’influence diplomatique française, notamment par rapport à celle de l’Allemagne dans le processus des accords de Minsk sur la résolution du conflit ukrainien. La France reste prudente vis-à-vis du déploiement d’une force de niveau brigade en Europe de l’Est. L’élection du Président Macron et ses récentes déclarations peuvent laisser envisager des positions diplomatiques qui s’éloigneraient encore d’avantage de celles de certains de ses voisins européens, notamment des pays baltes, où la France est souvent vue, dans les médias en tous cas, comme un pays proche de la Russie. Dans les cercles gouvernementaux, elle au moins vue comme un Allié difficile dont les vues diffèrent souvent de celles de ses alliés européens. La France considère l’OTAN comme une alliance militaire par essence limitée quand les pays d’Europe de l’Est voient en l’Alliance le seul moyen de leur défense.

NATO enhanced Forward Presence

Vous pouvez retrouver la suite de l’article dans l’onglet « Relations Internationales » ou en suivant ce lien : https://zonesdeconflits.com/2017/08/15/lotan-un-an-apres-varsovie-22/

 

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