L’OTAN, un an après Varsovie (2/2)

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L’engagement français au sein de la présence avancée renforcée

    C’est aussi la position diplomatique et stratégique française qui l’éloigne des préoccupations en Europe de l’Est. Plus tournée vers l’Afrique et plus engagée en OPEX que ses voisins européens, la force de la position française à l’Est est forcément limitée. L’engagement opérationnel français dans la bande sahélo-saharienne avec le déploiement de 4000 soldats au sein de l’opération Barkhane et au Moyen-Orient avec l’opération Chammal limite de facto la participation de la France à cette opération que l’on peut juger de secondaire. Cela sans compter les forces déployées au Liban et les nombreux soldats déployés dans des missions de souveraineté. Au total ce sont près de 30 000 militaires déployés en opération sur le territoire national (Sentinelle) et à l’étranger.

On peut cependant s’interroger sur la pertinence de la justification du fait que la France n’ait pas joué un rôle leader lors du sommet de Varsovie puisque la France a finalement déployé plus de 300 soldats en Estonie aux côtés de leurs camarades britanniques.

Camille Grand, secrétaire général adjoint de l’OTAN, s’est lui-même étonné de la position française vis-à-vis de ce déploiement dans les pays baltes. Il a ainsi affirmé le 5 mai 2017 lors d’une conférence à l’IFRI que la France était attendue lors de sommets comme celui de Varsovie et que « personne n’a bien compris pourquoi la France n’a pas pris la responsabilité de l’un des bataillons de l’eFP même si, in fine, notre contribution numérique est sensiblement comparable à celle des Britanniques. Nous sommes donc dans une situation un peu paradoxale ».

Parmi ces 300 soldats, on distingue environ 200 soldats formant un SGTIA armé de 4 chars Leclerc, 13 VBCI ainsi que des VAB et VBL. Ils sont soutenus par 100 soldats d’un échelon de soutien national (ESN). Au total, les forces combattantes françaises sont en nombre à peu près égal avec celles du déploiement britannique, pourtant nation-cadre. L’OTAN a prononcé le 19 juin 2017, la pleine capacité opérationnelle (FOC) de l’ensemble des Battle groups déployés dans les pays baltes.

déploiement FR en Estonie

La France s’est déjà engagée à prendre part au bataillon multinational sous lead allemand en Lituanie pour l’année 2018. On peut imaginer que le déploiement sera sensiblement le même que cette année, même s’il n’y a pas encore eu de décision officielle rendue publique.

 Quels enjeux pour la protection des pays baltes dans les prochains mois ?

     Le prochain exercice russe « Zapad » (Ouest) se déroulera normalement entre le 14 et le 20 septembre 2017 dans les Oblast de l’Ouest de la Russie mais surtout en Biélorussie. Cet exercice conjoint entre les forces armées russes et biélorusses se déroule tous les deux ans et pourrait être cette année d’une ampleur exceptionnelle. Les données officielles rapportées par le gouvernement biélorusse font état de la participation d’environ 13 000 soldats à cet exercice (10 200 biélorusses et 3 000 russes et 680 pièces d’équipements diverses et variées). Or, selon J. Henrotin, les données officielles indiquent aussi que plus de 4 000 wagons achemineront du matériel militaire de Russie jusqu’en Biélorussie alors qu’ils n’étaient que 200 en 2013 et 125 en 2015. Tout semble donc indiquer que cet exercice sera d’une ampleur particulière, avec la participation estimée de plusieurs dizaines de milliers et jusqu’à 100 000 soldats.

Il existe donc une incertitude très forte autour de la réalité de ce que va être cet exercice. On peut penser à une possible démonstration de force mais aussi à l’inverse, à une volonté, de la part du gouvernement russe, de démontrer qu’il respecterait les traités internationaux et n’entrerait pas dans une escalade en Europe de l’Est. Cela pour servir la dialectique du gouvernement qui dénonce volontiers la nouvelle présence avancée des forces de l’OTAN, les présentant comme un non-respect des traités limitant la présence de forces conventionnelles en Europe de l’Est.

Il est important de noter que dans le cadre des traités régissant les exercices militaires en Europe, tout exercice mobilisant plus de 13 000 hommes doit obligatoirement être ouvert à l’observation d’inspecteurs étrangers (document de Vienne). Le Président Loukachenko a affirmé à plusieurs reprises que cet exercice se déroulerait en toute transparence et serait ouvert aux observateurs. C’est donc dans cette logique que le ministre de la Défense letton Raimonds Bergmanis a déclaré à l’agence de presse LETA avoir reçu une invitation officielle de la part du gouvernement biélorusse. De la même manière que ses voisins estoniens et lituaniens, le gouvernement letton pourra envoyer deux observateurs assister aux exercices Zapad. En tout, ce sont 80 observateurs étrangers qui ont été officiellement invités.

Mais l’importance de ce déploiement inquièterait aussi particulièrement au sein du gouvernement biélorusse dont les forces armées seraient bien incapables de faire face à une occupation russe. Cet exercice inquiète donc aussi particulièrement des pays comme la Lituanie qui y voient un possible entraînement à l’envahissement de leurs pays. Mais cet exercice pourrait surtout être l’occasion pour les forces armées russes de laisser du matériel et quelques troupes prépositionnés en Biélorussie.

L’ensemble des facteurs d’isolement possibles pour la zone baltique associés à ce moment critique justifient probablement la décision américaine de déployer pour la première fois en Lituanie des systèmes de missiles de longue portée Patriot. Ils ont été déployés le 10 juillet dernier pour deux semaines dans le cadre d’un exercice interallié (Tobrouk Legacy). Ce déploiement est une mesure de réassurance qui permet de montrer que les États-Unis sont prêts à accroître leur présence dans les pays Baltes en cas de besoin. Il ouvre aussi la porte à un déploiement plus permanent de ces systèmes, dans le cadre de l’opération américaine Atlantic Resolve et donc en concertation bilatérale avec le gouvernement/la Présidente lituanien, très demandeur.

téléchargement

La Présidente lituanienne Dalia Grybauskaitė salue les soldats américains déployés dans le cadre de l’exercice Tobrouk Legacy
Crédits : kam.lt

Enfin, la conception du rôle des bataillons eFP en cas de crise peut varier d’un pays à l’autre. Si les pays hôtes baltes souhaitent qu’ils soient pleinement intégrés aux forces armées et à la défense du pays, on peut s’interroger sur la réaction des forces étrangères de l’OTAN s’ils se trouvaient dans une situation de crise. La France a toujours considéré que le déploiement de cette force consistait en un élément de solidarité et de dissuasion n’ayant pas vocation à combattre un quelconque ennemi. Le communiqué de presse de l’EMA insiste bien sur la posture défensive que représente cette force. On peut aussi s’interroger sur la réalité de l’opposition qu’incarneraient d’autres armées participant à l’opération (allemande, belge, norvégienne etc) en cas de crise.

Ce déploiement représente avant tout une assurance, une garantie vis-à-vis des pays de l’Est de la solidarité des autres membres de l’Alliance. Il constitue aussi une force dissuasive crédible. Attaquer des forces britanniques, françaises ou étatsuniennes n’est pas exactement la même chose que d’envahir un pays balte seul.

Enfin, on peut légitimement penser que ce déploiement s’inscrit aussi dans une logique de réarmement des pays d’Europe de l’Est. Les budgets alloués à la Défense ont explosé et ont même été multiplié par plus de deux entre 2014 et 2017 dans certains pays, comme la Lituanie.  Cette dynamique de réarmement profite bien évidemment avant tout aux industries de défense ouest-européennes et américaines.

Sources :

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